Le soixante-cinquième anniversaire du débarquement de Normandie, commémoré il y a quelques jours, nous rappelle avec émotion le sacrifice de milliers des nôtres sur ces plages du nord de la France. Sacrifice ultime pour libérer l’Europe du terrible joug nazi. L’arrivée au pouvoir d’Adolphe Hitler, en janvier 1933, allait changer le cours de l’histoire de l’Allemagne, de l’Europe et du monde. Un épisode bouleversant de l’humanité où tant d’horreurs ont été mises à jour par de nombreux témoins, d’innombrables photos et écrits. Le troublant Journal d’Anne Frank restera un témoignage poignant, le miroir de tant d’hommes et de femmes brisés, anéantis par la haine et la souffrance!
Anne Frank, seconde fille d’Otto Heinrich Frank, est né le 12 juin 1929 dans la ville de Francfort-sur-le-Main. Sa famille était plutôt d’allégeance juive réformiste, pratiquant avec assiduité les principes de la foi sans toutefois adhérer à l’ensemble des traditions et coutumes. Anne baigna dans un environnement interreligieux où se côtoyaient catholiques, protestants et juifs. Lors de son treizième anniversaire, Anne reçu un carnet dans lequel elle consigna des informations sur sa famille, ses amis, son milieu de vie. Puis, au fil des jours, des semaines et des mois, son journal commença à consigner les signes grandissants de la montée de l’hitlérisme et de la persécution des juifs.
Devant la crainte d’être mobilisés dans des camps de travail, les quatre membres de la famille Frank décidèrent en 1942 de vivre en cachette en compagnie de quatre autres personnes. Ils laissèrent leur appartement en désordre laissant croire qu’ils étaient partis soudainement; une note signifiait qu’ils avaient quitté la ville à destination de la Suisse. Pendant deux ans, du 9 juillet 1942 au 4 août 1944, ces huit personnes se cachèrent dans un bâtiment à Amsterdam pour échapper à la Gestapo. Dans son journal intime, Anne Frank livre avec spontanéité et intelligence les relations entre ces deux familles israélites, mais décrit aussi les horreurs de la guerre. Le journal débute le 12 juin.
Anne Frank et les occupants de l’Annexe, le lieu de leur cachette, furent découverts le 4 août 1944; s’ensuivirent l’arrestation, l’interrogatoire, puis la déportation dans des camps de concentration. Seul le père d’Anne, Otto Frank, survécut aux atrocités du camp d’extermination d’Auschwitz. Il fit connaître largement les écrits de sa fille et mourut à Bâle en Suisse en 1980 à l’âge de 91 ans. Publié pour la première fois en 1947, le Journal d’Anne Frank est considéré comme l’une des œuvres-clés du vingtième siècle avec plus de 25 millions d’exemplaires vendus et traduit en plus de 50 langues. Les mots d’Anne Frank résonnent encore dans le cœur de millions de juifs cruellement blessés par les atrocités de cette guerre haineuse et horrible. Mais ils font toujours échos aussi dans le cœur de millions de bafoués de par le monde. La guerre et ses atrocités ne sont pas terminées pour autant mes amis!
Eleanore Roosevelt décrivait le journal d’Anne Frank en ces mots : « un des plus sages et bouleversants témoignages sur la guerre et son impact sur les êtres humains que j’aie jamais lu ». Oui, après les horreurs décrites par cette jeune adolescente oubliée, malade et morte dans un camp de concentration, la guerre a continué de faire des victimes au Vietnam, à Sarajevo, en Somalie, au Rwanda, au Tibet, au Liban, en Afghanistan, en Bosnie, en Irak et j’en passe. Les mots d’une adolescente ont ému le monde après la deuxième guerre mondiale, mais n’ont malheureusement pas arrêté le ronronnement des chars d’assaut, l’explosion de bombes artisanales, la recrudescence de kamikazes, la tombée de jeunes soldats en terres hostiles sous les tirs des plus meurtriers.
Le soldat Alexandre Péloquin, 20 ans, de la base de Valcartier au Québec, vient d’être tué le 8 juin dernier par l’explosion d’une bombe artisanale au cours d’une patrouille à pied dans le sud de la province de Kandahar en Afghanistan. Le brigadier-général Jonathan Vance déclara : « Ce jeune homme s'est sacrifié pour une noble cause; il croyait en son rôle de soldat et son dévouement à la mission était exceptionnel. » Ce jeune soldat de chez nous, trop jeune pour mourir, est le 119e militaire canadien tué depuis le début de la mission canadienne dans ce pays devenu intolérant à la présence des forces étrangères.
En ce 12 juin 2009, en pensant au soldat Alexandre Péloquin, je relis certaines pages du Journal d’Anne Frank et je m’arrête à ces quelques mots qui me font réfléchir sur la mort prématurée de ce jeune québécois : « À peine idéalismes, rêves, belles espérances ont-ils le temps de germer en nous, qu’ils sont aussitôt atteints et totalement dévastés par l’épouvante de la réalité ». Justes paroles en ces moments d’incertitude où tant de jeunes de chez nous cherchent un peu d’attention, de compréhension et d’espoir. En feuilletant quelques pages plus loin, je trouve réponse à bien des inquiétudes de ce monde : « Le courage et la joie sont deux facteurs vitaux ». Puissent-ils nous envahir plus que jamais en ce début de vingt-et-unième siècle. Merci Anne Frank!
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