Tout un événement en ce solstice d’été. « Les Glorieux ont enfin un vrai propriétaire et par-dessus le marché il est Québécois! » clamaient de soi-disant amateurs et connaisseurs. Le tout Montréal sportif est en liesse. Tout le monde semble applaudir les nouveaux anciens propriétaires, la famille Molson. Famille noble de Montréal qui brasse de la bière chez nous depuis sept générations, mais aussi de grosses affaires lucratives bien entendu. Le sport, comme on le sait tous, est devenu une affaire de gros sous. Les frères Geoffrey E., Andrew et Justin Molson, pilier de l’establishment canadien-anglais montréalais, ont remis la main sur le mythique Canadien de Montréal dans une transaction évaluée entre 550 et 575 millions de dollars américains. C’est beaucoup d’argent!
Il faut dire qu’il n’y a pas que le club de hockey dans cette transaction, mais aussi le Centre Bell et la totalité de Groupe Spectacles Gillett. Rappelons-nous que la Brasserie Molson a été propriétaire de l’équipe de 1978 à 2001. Ils avaient laissé le bateau au moment où tout n’allait plus comme avant dans le monde enivrant du hockey. Vous vous souvenez sans aucun doute du fameux lock-out… des joueurs menaçants et menacés! C’est en janvier 2001 que l’américain George Gillett a acquis le Canadien pour la somme de 275$ millions. C’était à une période où la morosité avait gagné la LNH. Personne ne voulait de cette franchise quelque peu moribonde, même pas les Québécois. Le club n’avait plus la cote auprès de ses fans et la caisse était percée.
Gillett, ne connaissant rien au hockey, fait l’acquisition du Canadien et du Centre Bell et lui redonne de la notoriété. Cet industriel américain venant du Colorado, spécialisé dans l’empaquetage de viande, connaissait les affaires et en huit ans, ce néophyte du hockey sur glace rebâtit la franchise, suscita un nouvel engouement pour le hockey et mis en place une organisation qui génère des profits. Assez génial puisqu’il se retire avec le double de l’investissement initial. Selon le magazine financier Forbes, le Canadien se classe au troisième rang des équipes les plus riches de la LNH. La richesse du Canadien ne lui a toutefois pas donné plus de succès sur la glace. Entre vous et moi, on ne peut pas tout réussir! Rappelez-vous, il n’y avait pas que le chandail du Canadien qui arborait le rouge. Il aura fallu quand même un Américain, un peu casse-cou, pour relancer le Canadien de Montréal. Dans le récent processus de vente, il y avait pourtant quatre groupes de chez nous en lice. Où étaient-ils ces gens il y a huit ans?
Cette transaction annoncée samedi dernier survient à quelques jours des célébrations de la fête nationale des Québécois. Sans être conclu officiellement, le tout devrait être signé en août prochain. Il y aura de quoi fêter le 24 juin! Au cours de la 175e fête nationale du Québec, sous le thème : « Une voix qui porte », nous serons invités à célébrer certes la vente heureuse du Tricolore à un consortium québécois, mais surtout notre fierté d’être ensemble. Avec ses 7,8 millions d’habitants, le Québec demeure malgré ses hésitations, ses doutes et ses contradictions une terre extraordinaire de créativité, de savoir-faire et de dynamisme. Ne l’oublions pas, il y a encore chez nous une histoire qui s’écrit, se chante et se raconte au rythme des saisons. La nation québécoise, reconnue officiellement sous le gouvernement Harper le 27 novembre 2006, ne cessera d’étonner tous les observateurs de la scène publique. Au cours de son histoire récente, ce petit peuple de francophones a connu bien des revers, des rebondissements et des luttes. Il forme toujours, selon les mots de Jean Charest dans son message de la fête nationale, « une société qui est modèle de justice, de liberté et de prospérité; ». C’est quand même quelque chose!
Depuis que des notables et patriotes ont proclamé cette fête en 1834, le Québec s’est affermi et a acquis une réputation enviable sur la scène internationale. Terre au mille et un accents où la langue française demeure toujours un trait fondamental de son identité à affirmer contre vents et marées. Le Québec poursuivra sa destinée dans l’harmonie et avec sagesse dans la mesure où il saura puiser dans les leçons de son histoire, reconnaître la noblesse de ses racines, s’inspirer de ses illustres devanciers, se nourrir de la foi qui en a fait une nation imprégnée des valeurs d’accueil, de tolérance, de générosité et de respect. « Je me souviens » n’est-elle pas notre devise commune?
La fête nationale se déroulera dans près de 750 sites à travers la province où plus de 20 000 bénévoles s’y engageront. Ce 24 juin, il y a une histoire et un présent qui nous rassemblent et nous ressemblent, ceux du Tricolore y compris. Le Québec de demain est déjà en émergence dans le cœur de milliers des nôtres. Soyons solidaires et fiers de cette nation sans pareille, elle nous a façonné et transmis un héritage toujours bien vivant dans nos gènes. Bonne fête nationale!
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