Nous sommes, tous et chacun, héritier d’un bagage génétique, d’une vie familiale, d’un apport éducatif que l’on n’a pas choisis. C’est avec tout cet héritage, avec ses failles et ses richesses, qu’il faut apprendre à vivre et faire sa place dans ce monde si souvent bouleversant. Nous le savons tous, de nombreux jeunes de chez nous sont confrontés à des réalités de taille qui nécessitent un support adéquat pour faire face à leur quotidien plutôt tourmenté. La population peut compter sur les centres jeunesse du Québec qui dispensent des services à des jeunes de moins de 18 ans confrontés à des réalités sociales et familiales difficiles.
Mais il y a aussi tous ces jeunes devenus majeurs qui se retrouvent seuls dans un appartement minable ou qui jonchent les trottoirs la nuit tombée en essayant de roupiller un peu dans des cartons mal foutus, après une dure journée à se trimbaler dans les rues de Montréal pour quémander leur maigre pitance. Ils sont de plus en plus nombreux à déambuler dans les rues de nos villes, à tendre la main à l’entrée des grands centres commerciaux, aux bouches de métro et même sur les perrons d’église. Il y a des matins, c’est le cas de le dire, où l’on fait piètre figure, où l’on n’est pas dans son assiette.
Au Québec, il existe une vingtaine de centres jeunesse, regroupés en une association, qui assurent annuellement des services à plus de 100 000 jeunes en situations précaires. C’est beaucoup de monde! Plus de 8000 intervenants, travailleurs sociaux, psychoéducateurs, criminologues, psychologues, interviennent professionnellement en matière de protection des enfants et de réadaptation des jeunes. Ces interventions permanentes se situent sur le plan de l’hébergement, de l’adoption, de retrouvailles, de médiation, d’expertise familiale ou encore d’aide aux mères en difficulté d’adaptation.
La Presse de samedi dernier, nous rapporte une initiative fort intéressante dans le but d’aider des jeunes à se nourrir correctement; des jeunes qui ont un assez pauvre héritage alimentaire. Comme nous le savons bien, cuisiner, ce n’est pas le talent de tous; c’est bien plus que de savoir cuire un oeuf! La plupart des jeunes quittant les centres jeunesse doivent se trouver un toit et bien entendu doivent pourvoir à leur alimentation. Ce n’est pas toujours évident. L’organisme de récupération alimentaire la Tablée des chefs, sous la direction de Jean-François Archambault, a mis sur pied un cours de cuisine pour des jeunes qui sont aux prises avec des conditions pénibles. C’est ainsi que des jeunes de 16 à 17 ans, tous résidants de centres jeunesse de la Rive-Sud assistent, volontairement, à des cours de cuisine. Une initiative fort appréciée des jeunes qui voleront de leurs propres ailes et devront s’alimenter suffisamment avec très peu de moyens.
Ces jeunes découvrent combien il est possible de se nourrir convenablement à des coûts abordables. Ils apprennent aussi qu’il est possible de cuisiner sainement et à moindre coût que le prêt-à-manger des grandes surfaces. La Tablée des chefs, en recueillant la nourriture en surplus dans les restos, offre 100 000 repas annuellement aux nécessiteux. Il assez évident que ne pas savoir cuisiner ou ne pas aimer cuisiner coûte cher, parfois beaucoup plus cher. Le retour au fourneau permet d’économiser substantiellement et de manger plus sainement sans gaspiller. En ce temps de récession économique où les banques alimentaires sont en manque de tout, cette initiative est géniale.
L’hiver est à notre porte et les festivités de Noël se préparent fébrilement. Aurons-nous le coeur à la fête cette année? Pour des milliers de personnes itinérantes ou sous le seuil de pauvreté, l’arrivée de l’hiver et de Noël n’est pas ce qu’il y a de plus réjouissant. Fort heureusement, l’action humanitaire de nombreux organismes de charité de chez nous apporte une aide exceptionnelle et salutaire. Il y a encore au Québec des hommes et des femmes qui réalisent généreusement chaque jour de ce qu’appelait le célèbre Abbé Pierre au cours du rigoureux hiver 1954, « l’insurrection de la bonté ». Une société qui ne se préoccupe pas de ses plus démunis, est une société en manque d’âme, d’humanité. Nous le savons tous, l’appréhension de la souffrance est parfois pire que la souffrance elle-même.
En ce mois de décembre qui nous ouvre ses bras, pourquoi ne pas ouvrir les nôtres et partager un peu ce qu’il y a dans notre assiette? Par les temps qui courent, les centres d’aide et les banques alimentaires sont en manque de tout. Allez, un peu de bonté!