À bout de souffle parfois, nombre d’enseignants s’interrogent avec pertinence sur leur rôle dans ce système devenu un vaste labyrinthe; ils éprouvent des difficultés à maintenir la cadence et à affronter les défis inhérents à leur engagement envers des cohortes de jeunes qui ne cessent de les bousculer dans leur manière d’être et de faire. Pas facile d’enseigner dans une école souvent bureaucratisée à outrance, multipliant les réformes caduques, accusant un score de décrochage scolaire honteux pour une société à la fine pointe de la modernité. Décidément, cette école pose question à bon nombre d’observateurs qui ne savent plus quelle trouvaille mettre en place pour redynamiser, retaper cette institution en mal de renaissance.
Depuis la Révolution tranquille, le système d’éducation québécois a fait des progrès remarquables. Il a souvent été l’initiateur d’une pédagogie innovatrice, ambitieuse dont les résultats sont non négligeables dans le développement social et économique du Québec d’aujourd’hui.. Depuis 30 ans, le niveau de scolarité a progressé grandement et la conquête de diplômes universitaires et secondaires a été plus que remarquable, tant pour les hommes que pour les femmes. Le Québec a été souvent cité en exemple dans les pays occidentaux pour ses engagements en éducation. Malgré l’hémorragie du décrochage scolaire, le taux de diplômés du secondaire est un des plus élevés des pays développés. Il est clair que ces avancées éducatives se sont soldées par des résultats probants sur les qualifications en regard du marché du travail. Mais tout n’est pas parfait dans la sphère du savoir québécois.
Depuis deux décennies, la durée de scolarisation stagne et les standards des exigences académiques sont à la baisse. Il est certain que le déclin démographique affecte le système d’éducation aux prises avec des défis colossaux de recrutement de main-d’œuvre et de financement. Nous le savons tous, le Québec prend un coup de vieux et le système éducatif coûte de plus en plus cher. Les dépenses en éducation sont en nette croissance, souvent plus élevées que celles d’autres juridictions. Malgré cet investissement massif, le pourcentage de diplômés universitaires reste insuffisant. Le décrochage ou l’abandon des études avant 20 ans demeure une préoccupation majeure du monde scolaire malgré des investissements massifs pour contrer ce fléau. Les progrès en éducation n’ont pas réussi à ce jour à contrer l’analphabétisme encore trop présent dans une société du savoir et de la haute technologie.
Depuis quelques mois, ça négocie fort entre Québec et la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE); des menaces de grève étaient au programme pour la rentrée prochaine. Voilà que Québec concède une importante réduction du nombre d’élèves par classe ce qui amènera l’embauche de près de 3000 nouveaux profs. Québec annonce une baisse de 3 élèves par groupe au primaire; au secondaire le nombre d’élèves passera de 32 à 30. En première secondaire, il passera à 28 d’ici 2014. Cette mesure appréciée par tous les intervenants du milieu amènera toutefois un défi de taille : celui de trouver près de 3000 enseignants qualifiés. Bien que le réseau scolaire primaire et secondaire québécois compte quelque 80 000 enseignants et enseignantes, il existe bel et bien une pénurie de personnel puisque près de 2000 enseignants non qualifiés enseignent dans les écoles du Québec. Certaines disciplines, telles les sciences et les mathématiques, sont particulièrement touchées.
La pénurie d’enseignants n’est-elle pas symptomatique de quelque chose de profond? Pourquoi cette profession n’attire-t-elle pas plus autant les jeunes? Serait-ce que l’école est devenue bien secondaire pour la plupart des jeunes universitaires? L’avenir de la nation pourtant passe inévitablement par une éducation de qualité. Il revient aux autorités gouvernementales et aux établissements universitaires de promouvoir et de valoriser cette profession indispensable. La réduction du nombre d’élèves par classe n’est pas suffisante, il va de soi. Je crois que notre système éducatif actuel est à l’image de notre société en pénurie de pas mal de choses. « Rien qu’à voir, on voit bien! » disait mon grand-père.