La mort nous effraie, elle nous fait peur quelque part, très peur même pour la majorité d’entre nous. Elle est de l’ordre du passage mystérieux vers l’inconnu, de l’ailleurs sans retour, du voyage sans fin. Nous sommes confrontés à chaque jour avec la souffrance, la finitude, la mort; elle est présente dans tous les recoins de nos vies, mais nous n’osons pas l’aborder ouvertement. Depuis deux ou trois décennies, les Québécois ont changé la manière même de célébrer les rituels funéraires par une approche des plus minimalistes. Plus question de longues heures d’attente au salon funéraire; l’adieu se fait souvent avant la cérémonie à l’église ou à même le complexe funéraire. Tout se fait si rapidement, sans même le temps nécessaire pour vivre la phase normale du deuil.
Ces nouvelles perspectives sociétales ont des effets majeurs sur les gestionnaires de complexes funéraires et de cimetières qui voient leur clientèle traditionnelle diminuée et leur chiffre d’affaires fondent à vue d’œil. Les rituels funéraires sont en pleine transformation. Les changements de société et des rituels traditionnels posent des questions fondamentales sur les plans de la morale, de l’éthique, du religieux et des valeurs. Ce nouveau regard sur la mort ou ce nouveau rapport avec la mort mérite une réflexion en profondeur.
Il n’y pas que les rituels funéraires qui changent, les dernières étapes de fin de vie est au cœur présentement d’un grand débat de société qui risque d’être déchirant pour plus d’un. La question de l’heure demeure sans contredit celle de l’euthanasie. Depuis quelques semaines, la Commission parlementaire sur la question de mourir dans la dignité poursuit sa route à travers onze villes du Québec. Un tel débat a reçu un vaste appui des spécialistes de la santé, des intervenants sociaux et de diverses associations. La mise en œuvre d’une législation sur l’euthanasie nécessitera évidemment des modifications majeures au Code criminel, qui de toute façon relève du fédéral.
Faut-il se rappeler qu’il y a déjà des dispositions concernant l’acharnement thérapeutique en fin de vie. Mais la question de l’euthanasie est encore plus sérieuse puisqu’elle ouvre la porte au droit de mettre fin aux jours d’une personne qui en a exprimé le désir de façon libre et éclairée, si elle est évidemment en perte d’autonomie ou souffre d’une maladie incurable. Ailleurs dans le monde, quelques législations permettent à leurs concitoyens de mourir dignement : Pays-Bas, Belgique et Luxembourg. La question centrale du respect de la vie touche les cordes sensibles des Québécois.
Dans ce débat épineux, il s’avère difficile de faire abstraction des tendances sociales largement médiatisées. La définition même de l’euthanasie ne mériterait-elle pas d’être mieux comprise et sans doute précisée pour entreprendre un juste débat? Parle-t-on assez des voies alternatives? « La médecine est là pour sauver des vies et non pour faire mourir des personnes » déclarait le Dr Yves Lamontagne, ex-président du Collèges des médecins. Mais en fait, ne faut-il pas développer aussi des services de soins palliatifs appropriés? N’y aurait-il pas lieu de former davantage les médecins au traitement de la douleur, de la prise en charge des malades à l’approche de la mort? Ne faut-il pas réclamer aussi le droit pour les malades de vivre dans la dignité et le respect leurs derniers moments?
Pour de nombreuses personnes, les derniers instants avec leurs proches peuvent très bien convenir à l’expression des « Je t’aime » inavoués, des pardons libérateurs, des secrets insoupçonnés. L’euthanasie « propre » et légalisée, ne risque-t-elle pas d’annihiler ces moments exceptionnels avant le grand passage dans l’Au-delà? Le débat est grand ouvert! En fait, plusieurs s’interrogent aujourd’hui s’ils auront le droit et le privilège de vivre jusqu’au bout dans la dignité?