Nous apprenions la semaine dernière que plus de 6% des personnes âgées du Québec affirment avoir vécu une situation de maltraitance au cours de la dernière année. Quelle révélation! Et qui plus est, la Ministre responsable des aînés en ajoutent : « Ce n’est que la pointe de l’iceberg. C’est un sujet tabou. Il y a plus de gens que l’on croit qui sont victimes de maltraitance et qui n’en parlent tout simplement pas ». Force est d’admettre que chez nous comme ailleurs dans le monde, les mauvais traitements dont les personnes âgées sont victimes restent aujourd’hui encore mal connus et peu reconnus par la société. Fort heureusement, de plus en plus de familles brisent ce triste tabou et dénoncent les cas flagrants de sévices.
La maltraitance envers les aînés se manifeste de diverses manières : violence psychologique, émotionnelle ou verbale; violence physique; négligence; exploitation financière. De nombreuses personnes aînées souffrent en silence. Elles ont peur de s’exprimer, car certaines menaces d’exclusion, de mise à l’écart, de rejet planent sur elles. C’est scandaleux! Les personnes âgées ont des droits et méritent de vivre dans la dignité et le respect. S’attaquer à des personnes vulnérables est odieux.
Dans ce Québec de plus en plus grisonnant, il n’est pas étonnant que les cas se multiplient. Les intervenants dans les divers milieux de santé connaissent bien la dynamique entourant les cas de violence faites aux aînés. Pour agir, il ne faut pas attendre l’initiative de l’appareil judiciaire déjà embourbé. Il y a un travail important de sensibilisation et d’information à effectuer auprès des organismes communautaires et des professionnels de la santé. Nous devinons fort bien les situations complexes et souvent très émotionnelles dans ces cas de maltraitance. D’où l’importance et l’urgence d’agir correctement avec les ressources nécessaires.
Dans cette perspective, voilà que la Ministre Blais vient d’annoncer la création d’une Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées à l’Université de Sherbrooke doté d’un budget de 20 millions de dollars. Il n’y aura pas que des recherches dans cette nouvelle chaire universitaire, mais aussi des actions concrètes : campagne de sensibilisation par des messages publicitaires, ligne téléphonique d’écoute et de référence, mise en place de coordonnateurs régionaux, etc. Il faut saluer cette initiative gouvernementale dans la mesure où elle restera bien en contact avec la situation réelle des aînés du Québec.
Les personnes âgées ont le droit de vivre dans la dignité et le respect sans être victimes de situations de violence ou d’exploitation. Je l’ai déjà écrit à maintes reprises sur ce blogue, les personnes aînées sont avant tout des personnes entières, capables d’engagement au sein de la société, mais aussi vulnérables. Elles ne sont pas uniquement un marché économique à conquérir par la construction de résidences, par l’attrait de croisières et de réduction sur une panoplie de services de loisir. Il y a un dicton banal qui circule parfois dans le monde des affaires: «Le fric, ce sont les vieux qui l’ont!» Certes, nos baby-boomers déjà retraités ont un bon magot, mais pas tous! Il est vrai que l’on retrouve des gens bien nantis, mais rappelons que 44 % des personnes aînés ont un revenu inférieur à 15 000$ et près de 80% ont un revenu de moins de 25 000$. À l’inverse, seulement 5% de ces personnes avaient un revenu de 50 000$ et plus. Les personnes aînées sont souvent la proie de vautours beaux parleurs à la recherche d’un butin plus facilement accessible.
Une tante de 85 ans, habitant dans un centre d’hébergement, me disait récemment: «C’est pas comme dans ma maison, mais je suis en sécurité ici, je mange bien et le personnel est bien gentil.» Pour les aînés vivant parfois dans des conditions précaires, la sécurité, la considération et la santé semblent primer sur bien des aspirations et petits plaisirs. Dans une époque glorifiant la jeunesse, la perspective du vieillissement rapide bouscule certains paradigmes acquis. J’ose espérer que les autorités et la population québécoises permettront, par diverses initiatives, d’accroître la compréhension, l’harmonie et l’entraide entre les générations; de reconnaître l’immense contribution des aînés à leur famille, à la société; de créer des conditions favorables où nos aînés pourront s’épanouir affectivement dans ce monde où tout évolue si rapidement. Une société qui n’a plus de reconnaissance et de soutien pour ses devanciers, prend un sacré coup de vieux!
Gilbert Bécaud chantait si bien « La solitude, ça n’existe pas! » Malheureusement, elle ronge trop souvent le cœur de milliers de personnes âgées, souvent entassées dans des centaines de résidences, loin des leurs. Nous en connaissons parmi celles-ci qui attendent de nous une visite ou un téléphone qui ne vient presque jamais. En cette période de festivités et de réjouissances de toutes sortes, prenons un petit moment pour visiter nos aînés. Une parole de tendresse, un petit geste de bonté, un beau sourire, une carte de souhait, un petit cadeau bien emballé pour que la vie rayonne dans le cœur et les yeux de ceux qui ont fait en grande partie et avec tant de générosité ce que nous sommes devenus. En nous tenant longuement la main, les personnes âgées nous témoignent de leur amour, mais elles nous disent aussi combien leur besoin de s’accrocher à la vie, à l’existence est essentiel. Soyons pour elles un brin d’espérance en ce Noël tout blanc qui arrive si vite.