Dans son rapport annuel, le Bureau international du travail (BIT) s’inquiète de la situation de l’emploi dans le monde, en particulier pour les jeunes. Selon l’organisme des Nations Unies, le chômage mondial « est resté à un niveau record en 2010 avec 205 millions de personnes » sans emploi. L’année qui vient de s’ouvrir n’annonce guère mieux et gardera le cap au-dessus des 200 millions de chômeurs de par le monde. Les pays occidentaux seront de plus en plus touchés par la hausse du chômage; les États-Unis en sont un exemple probant malgré tous les efforts consentis par le président Obama pour atténuer les revers désastreux de la crise financière qui semble pourtant si loin derrière nous.
Le Bureau international du travail est de plus en plus préoccupé de la piètre qualité des emplois disponibles. On dénombre de plus en plus d’emplois à temps partiel et précaires à des salaires minimes. Saviez-vous que près de la moitié des travailleurs (1,2 milliard) dans le monde vivent sous le seuil de la pauvreté en gagnant un salaire de 2$US par jour? Il y a de quoi nous faire rougir devant les conventions collectives mur à mur de nos fonctionnaires et bureaucrates. Pourtant, c’est la réalité froide de ce monde d’inégalités. Le Bureau international du travail, dont le siège est à Genève, met en garde la communauté internationale des effets de cette situation sur la reprise économique, mais aussi sur le climat social dans son ensemble. Toutefois le problème numéro un sur le plan mondial reste le chômage des jeunes de 15 à 24 ans qui ne cesse de croître; il atteint aujourd’hui 12,6%.
Dans l’analyse de la situation de 56 pays, le Bureau international du travail a constaté un déficit de 1,7 million de jeunes sur le marché du travail. Situation préoccupante pour les nouvelles générations qui arrivent sur le marché de l’emploi, car nous savons tous la nécessité de ce dernier dans nos vies et dans notre épanouissement personnel. Selon plusieurs études, le travail est, après la famille, l’un des composants essentiels de l’identité. La place et l’importance que lui accordent les individus dépendent évidemment très fortement de leur catégorie socioprofessionnelle et de leur situation familiale. Mais le travail ne semble plus être ce qu’il était, et notre attitude face à ce dernier a changé. Sommes-nous toujours habités par cette phrase de la Bible qui a marqué l’éducation de tant de générations : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. » N’est-il pas nécessaire de revoir le sens profond que nous donnons au travail et à l’attitude qui s’y rattache. Au-delà des chiffres catastrophiques, le Bureau international du travail, invite les pays développés à mettre de l’avant des plans de création d’emplois plutôt que des plans de réduction de déficits. Il en va certes la dignité humaine, mais davantage de leur survie.
À cet égard, le Pape Benoît XVI rappelait dans une homélie en 2006 la dignité du travail : « Le travail revêt une importance primordiale dans la réalisation de l’homme et le développement de la société, c’est pour cela qu’il faut qu’il soit toujours organisé et qu’il se déroule dans le plein respect de la dignité humaine et au service du bien commun. » Découragés, des centaines de jeunes abandonnent la recherche d’un emploi. Les récentes émeutes en Grèce et en Tunisie démontrent la détresse de milliers de jeunes face à leur avenir. Puisse le 41e Forum de Davos en Suisse qui a débuté ce mercredi donner quelques inspirations aux 2 500 décideurs de la planète dont 35 chefs d’État et de gouvernement, du moins sur le plan économique!