Sur la place Tahrir, le peuple égyptien avait rendez-vous avec l’histoire; une foule entassée était en liesse. Il y avait de quoi célébrer : L’Égypte est enfin libre! Après 18 jours de manifestations le peuple a eu raison du dur dictateur Homer Moubarak. Il y a de quoi avoir le cœur à la fête pour ces 81 millions d’habitants vivant sous le seuil de la pauvreté, de la misère depuis au moins trois décennies. Les médias internationaux nous ont rapporté images en boucle, témoignages émouvants de cet événement salutaire d’un peuple en manque de tout, de liberté et de démocratie. Un nouveau pays va naître dans cette région du monde où règnent encore plusieurs dictateurs riches et puissants. Mais l’Égypte n’est pas au bout de ses peines. Tout est à faire et à construire; la démocratie comporte aussi des responsabilités et des devoirs. Il revient aux Égyptiens eux-mêmes, avec l’aide des leaders locaux et de la communauté internationale, d’instaurer ce à quoi ils aspirent depuis fort longtemps.
Mais le printemps arabe est loin d’être terminé; il est fort à parier que les dictatures limitrophes sont sur le qui-vive, voire au bord du gouffre. Le peuple algérien s’organise de plus en plus et les manifestations s’accentuent malgré les interdictions et la présence massive de l’armée. L’effet domino se poursuit et fera éclore, espérons-le pacifiquement, une nouvelle ère pour ces peuples oppressés. Les communautés arabes en diaspora de par le monde, principalement au Canada, vivent d’espoir, un espoir des plus légitimes. Tous les observateurs étrangers, après les événements tunisiens et égyptiens, surveillent avec attention cette région stratégique du monde. Les grandes puissances ont souligné, avec politesse sans plus, la révolution égyptienne malgré tout sans trop de bain de sang. Nous le savons bien, toute instabilité dans cette région stratégique en raison du pétrole inquiète les grandes puissances. De sa part, le gouvernement Harper a été plutôt modeste dans ses commentaires.
Chez nous, c’est la ville de Québec qui était aussi en liesse. Le célèbre Carnaval de Québec, qui a débuté ses activités le 28 janvier, clôturait dimanche sa 56e édition dans une manifestation proche de la frénésie. Disons-le, ce fameux carnaval est un événement d’envergure internationale qui accueille près d’un million de visiteurs annuellement. Le célèbre Bonhomme Carnaval est un personnage recherché tant chez nous qu’à travers le monde. Il est un ambassadeur notoire de la nordicité de notre coin de pays; chaque année, il sillonne le monde pour la promotion de cet événement sans pareil : Brésil, Chine, Cuba, France, Belgique, Japon, etc. Le Bonhomme Carnaval est sans contredit un symbole de la bonne humeur légendaire des Québécois. Depuis 1955, le carnaval d’hiver fait découvrir une des plus belles villes d’Amérique au charme européen. Sans le carnaval, cette ville fortifiée et pittoresque ne serait plus la même quoi!
L’incomparable maire Régis Labeaume se frottait les mains et avait de quoi jubiler ces jours-ci. Après de longues tergiversations, en grande pompe, il annonça officiellement, au côté du premier ministre Charest, la construction d’un nouveau Colisée. Le feu vert est enfin donné et il en coûtera la modique somme de 400 millions, rien de moins, pour réaliser ce nouvel amphithéâtre du sport. Selon l’échéancier, la construction sera lancée en 2013 pour une ouverture à l’automne 2015. Le financement est assuré en grande partie par la ville et le gouvernement québécois, sans participation du gouvernement fédéral; en fait, les contribuables. L’annonce a suscité certes un enthousiasme délirant chez les partisans de hockey; les citoyens, d’autre part, ont eu des commentaires plus nuancés.
Financer des infrastructures sportives qui serviront à des richards laisse plusieurs citoyens perplexes. Il y a tant de besoins essentiels non comblés, clamaient plusieurs. Quoi qu’il en soit, il y aura un nouvel amphithéâtre, une porte ouverte pour la venue tant espérée d’une équipe de la LNH. N’ayez crainte, on n’a pas fini d’en entendre parler puisque cette annonce vient de susciter de la convoitise de la part du privé pour l’appellation et la gestion des nouvelles installations. Regarder bien le maire Labeaume dans les prochaines semaines, ça va pelleter! Le cœur à la fête, pourquoi pas à Québec? Dans l’histoire romaine, à l’époque impériale, n’y a-t-il pas un poète du nom de Juvénal qui suggérait aux empereurs une façon de détourner l’attention des Romains sur la misère croissante : « Donnez leur du pain et des jeux ». S’il revenait aujourd’hui, ce cher Juvénal ajouterait sans doute « et un nouvel amphithéâtre, empereur Labeaume » Que la fête du cœur continue!