Mais, que savons-nous au juste sur nos universités, sauf que des professeurs dispensent des cours à des milliers d’étudiants?. Fait-on de réels progrès aux plans de l’innovation, de la qualité de l’enseignement et de la recherche?
Voici ce qu’en disent nos voisins, les Américains. Au cours des 30 dernières années, les universités du pays ont accru leurs frais de scolarité cinq fois plus rapidement que le taux d’inflation durant la même période. En outre, les dettes contractées par les étudiants surpassent les dettes sur cartes de crédit. Pis encore, les revenus de la classe moyenne stagnent et les étudiants éprouvent de plus en plus de difficultés à se trouver de bons emplois,
Vance Fried de l’Oklahoma University a étudié cette question à fond et à l’aide de calculs détaillés, il croit possible d’offrir des études universitaires de premier cycle pour 6 700$ par année au lieu des 25 900$ exigés par les universités publiques de recherche, et ce sans sacrifier aux critères de qualités établis. Vous conviendrez qu’à 2 200$ par année, les étudiants du Québec s’en tirent plutôt bien.
Il considère qu’il faudrait séparer le financement de l’enseignement de celui de la recherche. La recherche est un bien public, mais il ne voit vraiment pas pourquoi les étudiants du premier cycle devraient y contribuer. Il lui apparaît également nécessaire d’accroître le ration étudiants/professeur et de sabrer dans les dépenses administratives superflues. Il signale qu’en termes réels, les coûts administratifs par étudiant ont augmenté de 61% entre 1993 et 2007. Les universités privées de recherche dépensent 7 000$ par année par étudiant pour le « soutien administratif » non seulement pour les doyens et les directeurs de département, mais également pour des psychologues, conseillers et gestionnaires de la mise en service des ressources humaines. Cette somme excède le coût complet de l’éducation d’un étudiant selon l’approche préconisée par M. Fried.
Curieusement, M. Friel n’a fait aucune mention d’une autre importante source d’économies. Pourquoi ne pas tenter de terminer un baccalauréat en trois ans plutôt qu’en quatre comme c’est la norme dans plusieurs pays? On pourrait alors accueillir un plus grand nombre d’étudiants et ce, à moindre coût. Autre motif d’étonnemennt : les universités américaines consacrent deux années à l’obtention d’un MBA (maîtrise en administration des affaires (alors que dans la plupart des pays européens, les ét udiants peuvent décrocher ce diplôme en une seule année.
M. Fried ne s’est pas arrêté là : il a voulu concrétiser son concept. A cette fin, il a créé pour les pauvres de l’Amérique et le reste de la planète University of the People qui dispense un enseignement supérieur gratuit, sauf quelques centaines de dollars pour le traitement des demandes d’admission et la correction des examens. Le fonctionnement de cette université particulière repose sur trois ressources : la bonne volonté de bénévoles universitaires désireux d’aider les pauvres, la disponibilité de matériel éducatif sur l’Internet et l’effet multiplicateur des réseaux sociaux. Quelque 2 000 bénévoles universitaires ont conçu les cours et ainsi conféré une certaine crédibilité à cette université. Des tuteurs dirigent environ 1 000 étudiants venant de toutes les parties du monde pour suivre des cours en ligne. http://www.uopeople.org/http://www.uopeople.org/
Ces bénévoles aident également les étudiants à organiser des groupes d’études, les supervisent, participent à des discussions et notent les tests. M.Fried défraie certaines dépenses accessoires en allongeant personnellement 2 millions de dollars auxquels s’ajoutent des dons.
Cette aventure est-elle viable? Seul l’avenir le dira car les embûches sont nombreuses sans compter l’impondérable.
Peut-on se permettre de rêver : Si tous les médias du Québec consacraient la moitié des ressources englouties dans les sports commerciaux à la promotion de l’éducation, nous ferions des progrès immenses sur le chemin du savoir et léguerions à ceux qui nous suivront un héritage inestimable que nul ne pourrait leur enlever.
La question s’impose : l’éducation de tous est-elle plus importante que les sports?