Sur le plan international, on soulignera aujourd’hui de diverses manières la Fête des travailleurs. Sans doute qu’il y aura un peu partout dans le monde des millions d’hommes et de femmes qui, comme le veut la coutume, marcheront pour célébrer, pour affirmer l’importance et la reconnaissance du travail dans une vie humaine, dans une société. Ce défilé sur la place publique fut longtemps l’expression populaire de la solidarité des ouvriers salariés et de leur identité comme classe sociale. Qu’en sera-t-il en ces jours de crise économique où chez nos voisins du Sud des millions de travailleurs sont au chômage? Y aura-t-il de quoi fêter en ce mois de mai?
Il est clair qu’en ces temps de morosité et de turbulences économiques, le cœur n’est pas, ou est moins, à la fête. Au cours de la dernière décennie, l’on ne peut affirmer que la situation des travailleurs s’est améliorée. Avant la crise que l’on connaît, la croissance économique était au rendez-vous au Canada; personne n’en doute avec les nombreux surplus budgétaires engrangés par le gouvernement fédéral au fil des dernières années. Mais la croissance économique ne signifie pas nécessairement l’amélioration des conditions de base des travailleurs. Chez nous, ce sont les lois du marché qui dictent et orientent la croissance. Tous les tribuns de la politique nous parlent haut et fort de la nécessité de s’enrichir collectivement afin de redistribuer la richesse aux plus pauvres, aux plus vulnérables. Fiasco, mes amis! Si on regarde attentivement le parcours canadien, le problème n’est pas la richesse, loin de là, mais la redistribution. Ce sont les gens en haut de la pyramide qui en profitent largement. Jamais le fossé entre les riches et les pauvres ne s’est autant élargi en cette décennie. La richesse c’est bien, mais le partage c’est beaucoup mieux!
La célébration du 1er mai est une bonne occasion de s’interroger sur le sort des travailleurs de chez nous et des politiques néolibérales mises de l’avant il y a tout près de trente ans. Même au cœur de cette crise économique qui secoue le monde, la priorité a été donnée aux institutions financières, aux grandes entreprises plutôt qu’aux individus. Ce sont les grandes sociétés qui ont été secourus à coup de milliards, celles même qui ont fait sombrer le monde et jeter à la rue des millions de personnes. C’est encore le petit travailleur qui, au bout du compte, en paiera la note. Cette course effrénée au profit à tout prix, qui a entraîné l’endettement des travailleurs américains, a provoqué l’écroulement des milieux financiers et plus profondément la confiance en notre économie, en ceux qui nous dirigent. Cette crise nous ramène forcément aux vraies valeurs, à celles qui nous ont fait naître et grandir. À l’essentiel, quoi!
Le mois de mai, nous invitera aussi à souligner d’heureux moments, la fête des mères entre autre. Chacun et chacune d’entre nous se rappelleront ces femmes courageuses et généreuses qui ont façonné nos vies, notre histoire commune. Notre coin de pays a vu naître des mères exceptionnelles qui ont donné vie à un peuple fier et talentueux. Que de souvenirs! Il y aura les fleurs, le resto, la petite trouvaille qui fait plaisir et les mots tendres pour remercier maman. Tant d’anecdotes plus savoureuses les unes que les autres seront évoquées avec tant de joie et moult détails. Amour de nos mères, à nul autre pareil.
Je me rappelle, entre autre, que ma mère aimait fredonner tout en faisant la cuisine, la lessive ou encore l’entretien ménager. Patricia avait quelque chose de printanier chez elle, et cela en toute saison. Mais en mai, cette femme forte, qui avait mis au monde treize enfants, aimait chantonner les airs qui faisaient sens pour elle, qui lui procuraient une joie intérieure. Que de fois nous avons entendu, au cours de ce mois dédié à la Vierge Marie, ce refrain bien connu par les gens de son époque : « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau » Femme de foi et de prière, ma mère ne rechignait pas pour pratiquer sa religion et a su malgré une vie modeste, donner à ses enfants et à son entourage un témoignage d’une vie sereine, généreuse et inspirée. À ce que je sache, le mois de mai est toujours consacré à Marie, mais il y a sans aucun doute peu d’endroits où ce refrain, chanté jadis avec ardeur et dévotion par des foules nombreuses, soulèvent encore les toits d’église. Autre temps, autre mœurs.
Quoi qu’il en soit, ces trente-et-un jours de mai s’ouvrent à nous pour la première fois. Certes, il y aura des jours plus difficiles que d’autres comme le chante si bien Salvatore Adamo : « Oui, c’est comme ça, il y a des jours où l’on ne vit pas. C’est comme ça, il y a des jours où rien ne va. Des jours de plein de soleil où l’on a si froid que les plus pauvres joies vous glissent entre les doigts. » Toutefois, il nous revient d’en faire des jours de fête en nous rappelant que nous ne sommes pas nés seulement de notre maman que nous aimons tellement. La terre est aussi notre mère qui pénètre en nous chaque jour parce que nous respirons, regardons, buvons et mangeons. Nous sommes fils et filles de cette terre magnifique qui en mai invite à la fête, à l’émerveillement, à la vie en abondance, à l’action de grâce. Bon mois de mai malgré tout!
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