Reportons-nous en 2008. Le gouverneur en conseil, le 12 juin 2008, décréta et fixa le mandat de la Commission Oliphant, dont le nom officiel est la Commission d’enquête concernant les allégations au sujet des transactions financières et commerciales entre Karlheinz Schreiber et le très honorable Brian Mulroney. L’honorable Jeffrey Oliphant, juge de la Cour du Banc de la Reine du Manitoba, a été nommé commissaire. Cette commission tant souhaitée par les partis d’opposition, qui y voit un conflit majeur d’intérêt et un manque flagrant d’éthique, se fera en deux étapes. La première étape sera consacrée à l’audition des témoignages et la deuxième étape aux questions de politique qui ont été soulevées. Le rapport devra être remis dans huit mois, soit le 31 décembre 2009.
Devant le comité de l’Éthique des communes, l’ex-premier ministre avait reconnu avoir accepté la somme de 225 000$ en argent comptant de Schreiber pour faire la promotion de véhicules blindés auprès de chefs d’État de pays étrangers. Pour sa part, Brian Mulroney affirme que l’accord est survenu après qu’il eut démissionné de son poste de premier ministre. Monsieur Schreiber déclare au contraire que l’entente a été conclue avant le départ de Monsieur Mulroney du 24 Sussex Drive, mais que la nature du travail et les sommes versées ont été convenues après. Il affirme assurément que Mulroney a reçu 300 000 $ pour convaincre le gouvernement canadien de financer le projet Bear-Head, qui prévoyait la construction de véhicules blindés. Ce que l’ex-premier ministre réfute avec vigueur de ne jamais avoir rendu ces services. Qui dit vrai dans cette affaire? Les deux antagonistes dans cette aventure risquent gros.
Pour sa part, Schreiber lutte avec acharnement pour éviter d'être remis aux autorités allemandes, qui veulent le traduire en justice pour fraude, corruption et évasion fiscale. Il est clair que Brian Mulroney y joue sa réputation. D’ailleurs son témoignage de mardi dernier a pris l’allure d’un panégyrique de quatre heures sur ses faits d’armes en tant que premier ministre, de quoi discréditer plus profondément le lobbyiste douteux qu’est Schreiber. Comment un homme qui a servi son pays avec tant de dignité peut-il tremper dans une magouille pareille? Monsieur Mulroney n’a pas manqué de nous rappeler à l’audience de mercredi combien l’affaire Airbus de 1988 avait nuit à sa réputation, à sa famille. La question que se pose beaucoup de Canadiens est celle-ci : « Comment se fait-il que monsieur Mulroney est encore mêlé à une affaire louche? » « Une fois ça passe mais deux, on se pose de sérieuses questions » de dire encore notre sympathique voisin du restau où nous étions attablés. C’est vrai que cela laisse un bon nombre de personnes perplexes.
Vous vous souvenez sans aucun doute du super lancement en septembre 2007 du fameux livre de Brian Mulroney intitulé Mémoires, lancement réalisé sous le signe de la convergence signée Quebecor. Nous nous rappelons que cette rentrée automnale avait pris le format d’un feuilleton aux allures d’un règlement de comptes. En écoutant notre distingué Brian en audition cette semaine, j’avais une impression de déjà vu et entendu : règlement de comptes avec certains personnages politiques jadis plus populaires que lui, rétablissement de faits historiques, éloges personnels de certaines décisions et de nombreux projets, émotions à fleur de peau, larmes à la télé, etc. Brian ne change pas et je suis convaincu que les Canadiens ont déjà fait leur jugement peu importe le rapport de la commission. Qu’apprendrons-nous de nouveau par le biais de cette commission ? Sans doute peu de choses, mais consolons-nous, il y aura bel et bien un rapport qui viendra en son temps aux frais des contribuables canadiens bien entendus.
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