Ce qui m’intrigue le plus dans cette affaire, c’est de constater avec quelle assurance, voire arrogance, cet homme d’État nous livre son témoignage. Monsieur Mulroney parle d’une simple erreur de jugement lorsque l’on aborde les fameuses enveloppes d’argent. Une erreur répétée à trois reprises par un homme de la trempe de Monsieur Mulroney. Qui va croire ces prétendues erreurs? Oh! Il n’est pas le seul au cours des dernières années à vivre des interrogatoires serrés. Rappelons simplement les témoignages aussi dramatiques de la part de nombreux politiciens et hommes d’affaires lors de la Commission Gomery sur le programme des commandites en 2005. Nous en avons entendu là aussi, sous l’habile direction du Juge Gomery, comme dit l’expression populaire « des vertes et des pas mûres ». Lors de cette passionnante Commission, il y avait là aussi un grand personnage du nom de Jean Chrétien qui, à son tour, nous livra un témoignage vibrant et avec la fougue qu’on lui connaît. Le rapport de la Commission lui jeta un blâme qu’il n’a jamais endossé du tout! On connaît la suite des démarches pour blanchir sa réputation.
On dit souvent que le pouvoir corrompt. Certains personnages publics, qui ont atteint les plus hautes fonctions, se pensent souvent au-dessus de la mêlée, des lois et bien entendu des comités de surveillance ou d’éthique. La supériorité d’un cadre ne lui donne pas tous les pouvoirs. Nous reverrons certainement les mêmes arguments et attitudes lors des témoignages des dirigeants de la Caisse de dépôt et de placements qui passeront cette semaine à la barre de la commission parlementaire nommée pour faire la lumière sur la perte de plus de quarante milliards des actifs des Québécois. Vous verrez, personne ne sera responsable du plus grand fiasco financier du Québec moderne.
L’éminent Alban D’Amours, responsable du comité de gestion de risque de la Caisse, a déjà déclaré que son comité a fait un travail sérieux et que tout fonctionnait très bien. Mon œil! Ce comité a fait plonger la Caisse dans une chute dramatique de ses avoirs ou plutôt des avoirs des petits travailleurs. Ce n’est pas terminé, mes amis, car il y aura le réputé Henri-Paul Rousseau au verbe facile qui viendra sans doute déclarer que tout a été fait selon les règles de l’art. Mais qui est responsable? Tout le monde s’en lave les mains en disant que c’est un concours de circonstances. Tous les analystes mentionnent que la débâcle des marchés financiers était prévisible et que les dirigeants n’y ont pas prêté attention. Seul Richard Guay, ancien président de la Caisse, a admis un manque de vigilance par rapport à la gestion de risque.
Nous pourrions dresser une longue liste de ces gens qui ont fait face à la justice et à diverses commissions d’enquête. Rappelons-nous les nombreux Lacroix de ce monde qui sans regret ont floué des milliers de petits investisseurs. Personne parmi ces «experts-en-cravate» et aux millions en banque n’a reconnu la moindre part de responsabilité dans ces affaires les plus louches. Il faut instaurer des Commissions d’enquête parlementaire pour essayer de faire un peu de lumière dans tout cela. Nous savons fort bien qui paiera la note au bout du compte. Dans ce pays de chartes, de lois et de codes, il semble assez facile pour ceux qui possèdent de passer à côté. Mais où sont les hommes d’honneur dans ce pays?
Vous avez sans doute visionné l’excellent film « Des Hommes d’honneur» réalisé en 1992 par Rob Rainer. C’est l’histoire d’un pseudo-meurtre au sein du corps de Marines des États-Unis où un jeune avocat talentueux du nom de Daniel Kaffee aura la délicate tâche de prendre la défense des accusés au risque même de perdre sa réputation. Le jeune avocat, joué admirablement bien par Tom Cruise, devra s’opposer à la puissante hiérarchie militaire campée ici par l’unique Jack Nicholson dans le rôle du colonel Nathan Jessep. Dans ce monde de demi-vérité où prévalent plus souvent qu’autrement les motifs de sécurité nationale, la vérité triomphera sur un pouvoir corrompu. Le film « Des Hommes d’honneur » montre aussi, malgré leurs fragilités, des militaires qui ont placé en priorité dans leur quotidien le service, la vérité la droiture et l’honneur. N’est-ce pas les attentes d’un peuple envers ses dirigeants?
Tous ces hauts dirigeants, amenés à la barre, travaillent pour nous avec une rémunération plus que convenable. Nous leur confions nos avoirs, nos institutions, notre pays. Nous sommes très conscients que la gestion d’une institution financière ou d’un gouvernement est fort compliquée et demande du talent à revendre. Mais tout cela n’enlèvera jamais la part de responsabilité et les comptes à rendre de ceux en qui l’on a mis notre confiance. Devant des erreurs, des manquements ou des oublis, nous sommes en droit d’obtenir au moins des excuses, un signe de regret. Rien, à ce jour mes amis! Ils sont tous irréprochables!
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