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( Photo: Michel Plante) « Quelle adorable plante! » s'exclame avec admiration la Passante. « Attendez ! dit-elle. « Je reviens avec mon mari, je veux qu'il la voit ». D'un pas agile, portant à merveille le poids des années, notre Fleuriste à ses heures s'envole, laissant derrière elle l'odeur d'un parfum qui lui ressemble. Je voudrais lui dire qu'elle est belle. Dans ses yeux couleur de brume, il y a l'émerveillement; dans son sourire, la joie de vivre; dans sa voix, l'enthousiasme. Puis, réapparaît la Visiteuse. Cette fois, escortée de son Vieux. Comme elle, il est dans la soixantaine avancée, retraité, libre comme l'air. Ils sont là. Le Pensionné marche hésitant. Un pas derrière, sa Moitié qui le suit depuis près de cinquante années. En me voyant, il retire sa main de la main qui l'avait entraîné jusqu'à moi. Jusqu'à la plante. Jusqu'au désir de la Légitime que le temps et l'âge rendent plus élégante encore. D'un geste coutumier, elle empoigne de nouveau les doigts libérés du Chevalier servant. Je remarque que les joncs se touchent. « Regarde comme elle est belle. Comme elle irait bien… » Avant même d'indiquer l'endroit où elle prendrait racine, la phrase est interrompue. Les doigts se délient, « On est pas venu pour ça! » « D'accord! mais elle est tellement belle », réplique l'épouse. « On est pas venu pour ça te dis-je. Tu le sais bien ! » Le ton est là. La voix est ferme, un tant soit peu autoritaire. Celui de la Sexagénaire s'estompe lentement. Même sérieux, le visage traduit tout de même un certain bonheur. Qui a dit qu'elle voulait acheter cette plante ? Il se pourrait que pour la Romantique, la plante soit l'excuse, l'alibi ? Mi-rêveuse, mi-songeuse, jusqu'à ce qu'ils disparaissent, je les ai suivis des yeux me disant : « Pour elle comme pour lui, cette histoire de plante est sans conséquence, voire banale. Dans une heure, ce sera déjà du passé. Déjà oubliée. » Qui sait ! Un peu plus tard, à l'épicerie, ce sera peut-être au tour de l'Amoureuse de contrarier son Gourmand en replaçant sur la tablette le sac de biscuits au chocolat qu'il avait savoureusement glissé dans le panier. « Tu sais que le chocolat n'est pas bon pour ton diabète » Et puis, machinalement, sa main rejoindra la main de tous les jours, pour la reprendre, comme elle a fait tant de fois et ils poursuivront ensemble leur chemin, comme si de rien n'était. Pierrette Pare Walsh, membre du RIAQ
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