Nous sommes tous confrontés quotidiennement à la violence, les médias en sont un miroir assez réel. L’opération néfaste des forces policières qui a coûté la vie d’un sans-abri et d’un passant la semaine dernière en plein cœur de Montréal ne laisse personne indifférent. Dans cet événement tragique, les agents de la SPVM sont montrés du doigt; ces deux pertes de vie semblent une bavure policière, une violence gratuite au vu et au su des passants. Bien des questions restent en suspens dans cette triste affaire qui nous fait réfléchir sur le rôle des forces de l’ordre et sur notre degré de tolérance à ces gestes gratuits d’une rare violence.
La violence n’est pas que physique, nous le savons plus que trop bien; elle nous côtoie au quotidien à des degrés divers. Bombardés par tant de films, de jeux vidéo où la violence d’action est omniprésente, nous acceptons trop facilement certains éléments souvent culturels qui font la promotion de cette violence gratuite ou encore d’un certain climat de violence. La frontière est plutôt mince, il va s’en dire, entre le ludique et l’inacceptable. Nous pourrions largement illustrer ce propos par tant d’exemples issus de notre environnement immédiat. Il faut l’avouer, il y a encore trop de gestes insidieux et porteurs d’une très grande violence physique et psychologique dans les rapports humains stimulés, il faut le dire, par une société qui promeut les éléments de pouvoir, d’individualisme, d’impatience et d’efficacité. Nous le savons tous, la violence engendre la violence sous toutes ses formes.
Appelés pour maîtriser Mario Hamel, un sans-abri manifestement en détresse psychologique, les agents l’ont froidement abattu mardi dernier. Par malheur, une balle s’est égarée et un passant, Patrick Limoges, a été atteint mortellement à la tête. Les quatre policiers impliqués dans ce drame, nous le comprenons fort bien, sont sous le choc et sous enquête. Depuis la mort du jeune Freddy Villanueva, survenu le 9 août 2008, par une opération policière qui a mal tournée, une grande partie de la population s’indigne devant cette brutalité policière croissante selon plusieurs observateurs. Les forces de l’ordre ne sont pas au-dessus des lois, elles sont là pour protéger les citoyens peu importe leur condition de vie. Devant de plus en plus de cas de brutalité policière comme celles dénoncées lors du Sommet du G20 à Toronto et devant des enquêtes souvent mal bâclées sur ces cas litigieux, il semble exister une crise de confiance entre une partie de la population et les forces policières. Plusieurs Québécois doutent de l’impartialité des policiers sur les enquêtes menées sur les faits et gestes de certains des leurs. Comment traiter de façon objective des actes répréhensifs de policiers par l’institution même qui les encadre, les forme et les recrute. Depuis quelques années, plusieurs organismes réclament une entité indépendante pour faire enquête sur les faits et gestes répréhensifs de policiers délinquants. Cette fusillade du mardi 7 juin dernier aurait-elle pu être évitée? Ils sont nombreux à le croire puisque, selon les règles en vigueur dans les forces policières, l’arme à feu doit être utilisée qu’en dernier recours. La nature humaine n’est ni bonne ni mauvaise. Nous le devinons assez aisément, quelques facteurs sociétaux favorisent indirectement la montée d’une certaine violence. L’urbanisme, les conflits institutionnels et interpersonnels, la pauvreté et les inégalités sont un terreau favorable et fertile même à l’éclosion de la violence criminelle. Les études et les statistiques le démontrent éloquemment.
À la question de Jean-Paul Sartre, malgré cette violence omniprésente, nous pouvons répondre sans équivoque : « Oui, le Bien existe! » En fin de semaine dernière, le Bien a fait son œuvre d’une manière .éclatante en Montérégie. Quelques 3000 bénévoles se sont rendus prêter main-forte aux sinistrés des inondations du Haut-Richelieu. Victimes d’une violence des éléments de la nature, les sinistrés de ce territoire, plus qu’éprouvés depuis des semaines, ont pu enfin respirer de soulagement devant l’arrivée massive de ces bras généreux venus de partout au Québec et de l’extérieur. Quelle opération de solidarité orchestrée d’une main de maître par les organisateurs! Même le premier ministre Jean Charest a vêtu des habits de circonstance et s’est mis à la tâche du ramassage des sacs de sable. Plus de 500 000 sacs, assez lourds merci, attendaient la générosité et la détermination des bénévoles. Branches, débris, détritus n’ont pas résisté à cette avalanche de mains alertes aux allures du célèbre Monsieur Net.
Oui, le bien existe quand le cœur est à la bonne place, quand la bonté prend le pas sur l’égoïsme, quand le dialogue fait place à l’entêtement, quand le vivre ensemble prime sur le nombrilisme, quand la main tendue entrouvre le poing fermé, quand le sourire radieux engendre l’espoir. Oui, le Bien existe et quand il est vécu profondément, il déclenche immanquablement un tsunami bienfaisant de bonheur. « Quand la violence se tue, les bras se délièrent » nous dit le poète.