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Des jeunes qui décrochent…
« Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’école? » chantait la pétillante France Gall. On sait tous que Charlemagne n’a pas vraiment inventé l’école! Si l’on en juge par les statistiques du décrochage scolaire, les jeunes québécois semblent soulever réellement la question de la pertinence ou du succès de l’école actuelle.

Elle est devenue bien secondaire pour plusieurs d’entre eux. Cette école, sans cesse remodelée au fil des ans, ne réussit pas encore à conduire l’ensemble de ses usagers au diplôme terminal du secondaire. Les dernières statistiques du décrochage scolaire, publiées cette semaine, sont alarmantes pour le Québec. Le décrochage est même en expansion et il atteint les 29%.


(Source: Le Devoir: 9 février 2009 - http://www.ledevoir.com/2009/02/09/232633.html) Loin de se résorber, le fléau du décrochage scolaire est en expansion au Québec depuis que les libéraux ont pris le pouvoir. En 2000, 26 % des jeunes du secondaire du réseau public quittaient l'école sans diplôme. L'an dernier, c'était le cas pour près de 29 % d'entre eux. Chez les garçons, le constat d'échec est encore plus troublant: un sur trois -- plus de 35 % -- fait l'école buissonnière. )


En fait, trois étudiants sur dix ne terminent pas leurs études dans ce Québec high-tech. Que se passe-t-il chez nous après toutes les sommes investies et les réformes successives? L’école serait-elle un vaisseau à la dérive, sans gouvernail, sans direction?

Et qui plus est, le Québec affiche la pire performance des provinces canadiennes dans ce domaine, après le Manitoba. Constat alarmant et signe sans doute d’une société en recherche d’équilibre et qui n’a pas su encore canaliser une jeunesse en manque de sens. À ce titre, le taux de suicide demeure toujours une cause très importante de mortalité chez les 15-29 ans qui ne cessent de décroître numériquement dans la province. Les 15-29 ans représentaient 19,7% en 2006 et ne seront plus que 15,7% de la population dans trente ans. Le Québec a prix un coup de vieux et un bon nombre de jeunes ne semblent plus seulement décrocher de l’école, mais de la vie tout court. Pourtant, dans un vaste sondage réalisé par la firme CROP en 2008, les Québécois affirmaient: «L’Éducation. Voilà ce que l’État doit mettre au sommet de ses priorités, car la prospérité passe par les connaissances.» L’État québécois a-t-il échoué dans sa mission?

Cette idée folle, si bien chantée par la légendaire France Gall, qu’elle soit de Charlemagne ou pas, ne semble plus être capable dans sa structure actuelle de mener totalement à bien sa mission fondamentale. On dit souvent que l’on mesure la valeur d’un arbre à ses fruits. L’école de chez nous souffre-t-elle de cette maladie que l’on appelle communément «structurite»? Tout n’est pas noir dans le milieu éducatif, loin de là. Mais ces statistiques suscitent chez moi des questions encore plus fondamentales qu’il faut se poser lucidement. L’école est une idée folle certes, je dirais même géniale. Ce sont les hommes et les femmes de chez nous, engagés dans ce système qui incarnent cette école, la font évoluer. Il est clair que les parents doivent y jouer un rôle fondamental. Ces derniers ont beau affirmé que l’éducation est une valeur prioritaire, il faut tout de même être cohérents et supporter cette mission éducative. Les Québécois ont parfois la tentation de se rallier à l’adage suivant dans la transmission de leurs valeurs: «Faites ce que je dis, mais pas toujours ce que je fais». Une question de cohérence quoi!

En parlant d’école, il faut peut-être s’interroger sur ceux qui la fréquentent. Qui sont les jeunes d’aujourd’hui? Portrait plutôt difficile à faire pour ceux qui vivent à l’écart des milieux éducatifs et récréatifs. Notre immense Québec, riche de lacs et de rivières, a-t-il fait une réelle place de choix à ses enfants? Tout le monde le dit, la province a pris un coup de vieux! Et nos vieux rêvent de rester jeunes, d’être «cool au boutte et longtemps»! On peut se demander aussi si la vague des baby-boomers qui prendront massivement leur retraite ces années-ci n’ont pas décroché quelque peu, voire beaucoup, de leurs responsabilités. Les mutations profondes de notre société depuis quelques décennies ont fait sauter, il me semble, quelques mailles importantes dans le tissu social québécois. II y a au cœur de notre vécu sociétal une certaine fracture avec notre histoire, nos points de repères, nos valeurs, notre identité commune. Nous sommes en quelque sorte dans une culture de doute, rien n’est plus pareil et tout apparaît incertain. Il appert qu’il est difficile de frayer son chemin dans le continuel incertain.

Nous vivons dans une société où la jeunesse et ses caractéristiques sont presque une obsession. On a fait de l’adolescence un lieu de refuge et non de passage. Devenir un adulte, c’est vivre un passage vers la maturité, l’autonomie, la prise de responsabilités. Dans une société où tous les adultes aspirent à une éternelle jeunesse, qui sont les vrais jeunes? L’adolescence ne fait plus que durer! Dans les sociétés traditionnelles, la jeunesse se limitait à deux ou trois ans. Ce rite de passage a atteint dix ans dans les années 70 et 80 et maintenant, selon les spécialistes, elle couvre presque quinze ans. Un bon nombre de jeunes ne décollent plus!

Il n’y a plus ces rites de passage comme jadis qui, sorte de marqueurs, soulignaient la transition à l’âge adulte. Dans un monde de super consommation où l’univers des jeunes est entouré d’innombrables gadgets de toutes sortes, les questions du sens et de la direction se posent inlassablement. Souvent la proie d’arnaqueurs et de prédateurs de la publicité, les jeunes sont parfois et fréquemment les victimes d’usurpateurs d’identité qui leur vendent un monde éphémère et illusoire. Dans cette société habitée par le doute et l’incertitude, 30% des jeunes de chez nous ne réussissent pas à terminer l’école secondaire et plusieurs d’entre eux se retrouvent seuls, fragilisés et marginalisés. Nous le savons bien, études à l’appui, que ces derniers seront plus à risque: précarité de l’emploi, aide sociale, ennui de santé.

L’école ne peut pas tout faire! On ne peut demander à cette institution du savoir de remplacer les parents. Ce n’est tout de même pas une grande garderie publique. Il y a une prise de responsabilité importante des adultes dans le présent et l’avenir des jeunes d’aujourd’hui. Il importe, il me semble, dans cette société aux allures bigarrées et en recherche d’équilibre, de favoriser des liens intergénérationnels signifiants et cela de façon créative. Les jeunes de chez nous ont un immense besoin de rencontrer sur leur route des éducateurs et des adultes inspirants pour qui la parole donnée a un sens et une cohérence, pour qui le geste posé suscite le goût de vivre et de prendre des responsabilités. Le destin d’un pays, d’une nation dépendra toujours de l’éducation de son peuple. En éducation, l’avenir se conjugue déjà au présent.

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