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Petite histoire du casse-tête, par Guy Loubier
Au cours des années 40, les casse-tête étaient très populaires dans les maisonnées québécoises, et davantage encore dans les familles comptant de nombreux enfants. Maman avait l’habitude de sortir ses casse-tête surtout le dimanche après-midi lorsque le temps était pluvieux ou maussade. On pouvait alors se procurer un casse-tête pour la modique somme de 0.50 cents, ce qui en faisait un passe-temps peu coûteux et qui permettait à notre mère de souffler un peu. Je me souviendrai toujours du premier grand casse-tête sur lequel la tribu des petits s’était esquintée pendant des heures, sinon des jours. Il s’agissait d’un trois-mâts secoué par les vagues d’une mer tourmentée et sous un ciel nuageux annonciateur d’une forte tempête. En raison de la multiplicité des couleurs et des muances qu’offrait cette peinture, il nous avait fallu beaucoup de patience pour en venir à bout.

On croit généralement que le premier casse-tête serait attribuable à John Spilsbury, graveur et cartographe de Londres, qui l’aurait produit autour de l’année 1760. Il avait monté l’une de ses cartes géographiques sur une feuille de bois feuillu, et découpé les frontières des pays à l’aide d’une fine scie de marqueterie. Au début du X1Xe siècle, le casse-tête était devenu un jouet éducatif pour l’enseignement de la géographie dans les écoles primaires de la Grande-Bretagne.

Vers la fin du siècle, on a commencé à utiliser le contreplaqué pour la fabrication des casse-tête et à se servir de scies à découper. Comme les illustrations étaient collées ou peintes sur la surface extérieure du bois, on traçait à l’endos au crayon les contours où il fallait découper.

Les premiers casse-tête en carton ont fait leur apparition à la fin des années 1880, et ils étaient essentiellement destinés aux enfants. Ce n’est qu’au 20e siècle que débuta le découpage à la forme, processus où de fines lames de métal sont vrillées en motifs  complexes et assujetties à une plaque. La forme de découpe est ensuite mise sous presse et la pression exercée sur le carton en permet le découpage.

Au début des années 1900, les casse-tête étaient disponibles en bois ou en carton. Avec le passage du temps, les casse-tête en bois ont été supplantés par les casse-tête en carton, qui coûtaient trois ou quatre fois moins chers. Les casse-tête ont connu leur apogée durant les années 20 et 30, car ils constituaient un divertissement peu coûteux et  tenaient les enfants tranquilles. Les casse-tête ont même été utilisés à des fins publicitaires, ainsi en 1931, la compagnie Einson-Freeman en offrait en primes avec des brosses à dents.

Récemment, l’écrivaine britannique, Margaret Drabble a publié The Pattern in the carpet - A Personal History with jigsaws. Elle raconte avoir été initiée aux casse-tête par une tante célibataire qui laissait toujours libre un coin du comptoir de cuisine pour se livrer à son passe-temps favori. Margaret avait été fort impressionnée par un casse-tête reproduisant l’oeuvre magistrale Jeux d’enfants de Pieter Bruegel, peintre flamand. Les experts se sont interrogés sur le symbolisme de cette oeuvre difficile à décoder sans toutefois pouvoir apporter une réponse précise à cette question. Se remémorant ces moments de quiétude et d’intense curiosité, Margaret a constaté qu’elle pouvait capter beaucoup mieux les nuances, les coloris et les motifs de ces tableaux que si elle avait pu admirer à quelques pieds de distance ces oeuvres dans un musée. Devant s’occuper à la maison de son mari atteint d’un cancer, se plonger dans un casse-tête lui permettait de soulager son stress. Des psychologues et des spécialistes des loisirs partagent également cet avis.

Certes, les casse-tête n’ont plus leur popularité d’antan, mais il m’arrive d’en faire parfois, et rien de tel pour chasser l’ennui. Assemblés autour d’une grande table, rien ne pouvait remplacer le sentiment d’émulation que nous éprouvions à tenter tour à tour de venir poser un morceau du casse-tête.

Pour ceux qui recherchent le gigantisme en tout, la firme Clementoni vous offre deux casse tête de 13 200 morceaux, qui, une fois rassemblés, couvrent une surface d’environ 3 x 9 pieds. Ne voulant pas être en reste, la société Ravenburger enfonce le clou avec un casse-tête de 18 000 morceaux,  qui est toutefois emballé en 8 sacs en plastique différents. On raconte qu’un maniaque des casse-tête, ne voulant pas avoir l’impression de tricher¸a ouvert tous les sacs, et a mélangé soigneusement tous les morceaux avant de se mettre à la tâche. 

Note pour les internautes.
Voici 3 liens vers des sites de cassetêtes virtuels :
Casse-tête et ICI (Il faut avoir installé JAVA de Sun Microsystème) et ICI (Casse-tête animés)