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André Hains - Standard & Poor’s et les autres
24 avril 2011 - Au début de la semaine dernière, l’agence d’évaluation de crédit Standard & Poor’s (S&P), une des deux plus importantes au monde avec Moody’s, a publié un avis disant qu’elle pourrait dévaluer la cote supérieure AAA du gouvernement américain, que celui-ci partage avec une vingtaine de pays au monde (dont le Canada) , d’ici deux ans, s’il n’adoptait pas rapidement des moyens de réduire son énorme dette à long terme. Imaginez un peu : la première économie mondiale (et de loin) pourrait donc devoir payer un peu plus cher pour financer sa dette gigantesque à long terme.

Comme ses consœurs, cette agence emploie des milliers de spécialistes à travers le monde, qui étudient les dettes des gouvernements et des entreprises, et leur accordent des cotes de crédit, à l’intention des prêteurs. Plus la note de crédit sur une dette est élevée, plus l’emprunteur obtient un bon taux (faible) d’intérêt.

Que valent ces notations de crédit? Très peu de chose en réalité, comme le démontrent les quelques exemples suivants, choisis parmi des centaines d’autres.

Au printemps 2008, ces agences de crédit n’ont pas signalé le taux d’endettement énorme de la banque d’affaires Bear Stearn, qui s’est écroulée en quelques jours. Même chose quelques mois plus tard, en septembre, avec Lehman Brothers, dont la faillite a provoqué le gel du crédit à travers le monde, et entraîné la récession économique la plus grave depuis celle des années 1930.

Ce n’est pas d’hier que ces agences de notation se plantent joyeusement. Au début des années 1990, pour ne pas remonter jusqu’au déluge biblique, elles ont maintenu l’excellente cote de crédit de la Confederation Life, quatrième compagnie d’assurance canadienne à l’époque, qui a pourtant fait faillite quelques mois plus tard. Ces agences accordaient encore d’excellentes notes de crédit à Enron, Worldcom, Tyco et plusieurs autres entreprises du genre, qui ont causé les scandales financiers au début des années 2000.

Elles n’ont pas vu non plus, apparemment, le gonflement de la bulle immobilière qui s’est produite un peu partout dans le monde entre 2002 et 2007, et qui ont conduit des milliers d’institutions financières à la faillite, sans parler des millions de propriétaires. Devant l’accumulation des tristement célèbres PCAA (papiers commerciaux adossés à des actifs), les agences ont dit qu’il s’agissait probablement de bons titres de dettes, ou elles ont dit qu’elles   ne savaient pas trop comment évaluer ces nouveaux produits financiers. Comment ont-elles pu simplement ignorer que des taux aussi bas maintenus aussi longtemps, allaient sûrement entraîner un énorme abus de crédit?

Incompétence? Non, conflit d’intérêt, tout simplement. Il faut savoir que ces agences tirent une importante partie de leurs revenus… des emprunteurs, que les prêteurs (fonds communs, compagnies d’assurance, caisses de retraite, etc.) leur demandent d’évaluer. Pas surprenant que les gouvernements leur imputent une bonne part de responsabilité dans la récente crise financière, et qu’ils entendent imposer des règles plus strictes à l’avenir à ces agences.

Peut-on faire confiance à ces agences? Jusqu’à un certain point seulement, en attendant que les gouvernements leur imposent de nouvelles règles de fonctionnement. D’ici là, rappelez-vous que les meilleures cotes de crédit entraînent les plus faibles taux d’intérêt. C’est pour cela que les obligations du Québec rapportent plus que celles d’Ottawa, par exemple.

Andrehains@videotron.ca