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André Hains - L’exemple de la Fed
27 mars 2011 - Mardi dernier, 22 mars, la Réserve fédérale américaine, la Fed comme on l’appelle familièrement (leur banque centrale, l’équivalent de notre Banque du Canada), a dévoilé ses résultats pour l’année financière 2010, affichant fièrement un bénéfice record de 82 milliards $ (82G). D’où vient cet énorme bénéfice? Des actifs toxiques que la banque du gouvernement américain a acheté à vil prix des grandes institutions financières et autres grandes entreprises, durant l’effondrement financier de l’automne 2008 et l’hiver 2009, et qu’elle a commencé à revendre l’an dernier.

Tous ces actifs n’ont pas été vendus, évidemment, de crainte de faire plonger de nouveau les marchés financiers, comme au plus creux de la crise d’il y a deux ans. Mais à coups de 10 G$ par mois environ, les marchés pourront absorber facilement ces ventes, dont le produit ira évidemment au département du Trésor (gouvernement américain), l’équivalent de notre ministère fédéral des Finances. En attendant, les règles comptables imposent de réévaluer la valeur des actifs chaque année, ce qui permet de calculer un gain théorique, comme celui que démontrent vos actifs, en attendant que vous les vendiez.

Par exemple, la Fed et le Trésor ont enregistré un gain de 12 G$ sur leurs actions de Citigroup, 13,5 G$ sur leurs actions de General Motors (GM), 9,6 G$ sur la vente d’Ally Financial et la participation d’AIG dans MetLife, et ainsi de suite. Les gouvernements canadien et ontarien, qui possèdent aussi des actions de GM, feront donc également un bon bénéfice à la revente.

De nombreux spécialistes ont sévèrement critiqué les gouvernements, qui ont ainsi volé au secours des grandes entreprises, afin d’empêcher l’ensemble de l’économie de s’effondrer davantage. On ne devrait pas prendre l’argent des contribuables pour sauver la peau des grandes entreprises fautives, soutenaient ces critiques acerbes.

Ils oubliaient que les gouvernements ne faisaient pas de cadeaux aux entreprises. Ils prenaient simplement en garantie, en quelque sorte, de bons actifs à vil prix, contre des taux d’intérêt élevés sur ces énormes prêts, qu’ils allaient revendre plus tard, quand le calme allait revenir après la tempête.

Le célèbre investisseur Warren Buffett a fait la même chose, lui aussi. Par exemple, il a prêté des milliards de dollars à Bank of America, à 10,5 % d’intérêt sur des actions privilégiées convertibles en actions ordinaires, quand le moment propice serait venu. Il va empocher des milliards de dollars de bénéfice à la revente, et en attendant il touche des taux d’intérêt très élevés.

Des investisseurs craignent d’acheter des actions qui ont fortement baissé, comme l’ont fait les gouvernements (par obligation) et des investisseurs avisés comme Buffett. Pourtant, ceux qui ont acheté des actions des grandes banques canadiennes au plus creux de la vague à l’hiver 2009, ont vu la valeur de ces actions doubler en deux ans.

On trouve encore sur le marché des actions qui offrent de beaux gros escomptes. Mais ce n’est pas une raison pour acheter n’importe quoi. Il ne faut surtout pas confondre SNC et MolsonCoors.

andrehains@videotron.ca