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Le bouillon

LE BOUILLON 

par

Jeanne Desrochers

   Nos mères nous ont enseigné bien des choses que nous avons laissé tomber. Une leçon bien apprise, pour moi, c’est de recycler la  carcasse de poulet, dépouillée de sa viande. Avec un oignon, une carotte, une branche de céleri, cela mijote une heure ou deux, et ça devient un bon bouillon.

    J’ai un peu modifié la méthode de ma mère, parce que de  nos jours on mange beaucoup de légumes et on a donc plus de trognons et de feuilles un peu flétries qui peuvent donner encore des vitamines, s’ils ne sont pas destinés au compost.

   Les gens méthodiques mettent  tout ça en réserve, dans un sac à congélateur, jusqu’au jour du bouillon. Pour ma part, je me contente de dépouiller les légumes que je trouve au frigo ce jour là.

  Aujourd’hui ça me prend un gros chaudron, car j’ai un chou-fleur et un brocoli à dépouiller. Tant qu’à faire, je fais de la place pour trois grosses pommes de terre dans ce liquide qui deviendra bouillon. Et pourquoi pas deux ou trois oeufs  que je retirerai dans une dizaine de minutes; les pommes de terre seront prêtes une demi-heure plus tard. Le bouillon en marche m’aura fourni mon dîner, sans gaspiller d’énergie.

   C’est quand nous faisions du camping en famille, pendant les années ’60, que j’ai le plus appris à économiser l’eau et le combustible. L’eau,  il fallait aller la chercher dans des bidons, à une certaine distance. J’essuyais la vaisselle graisseuse avec du papier, avant d’envoyer les enfants terminer le rinçage à la rivière ou au lac.  Pour préparer les enfants au lit, nous les savonnions, debout, en maillot de bain, et les arrosions avec un seau d’eau froide. Cela se faisait avec beaucoup de  gambades et de rires.

  Le combustible pour le poêle et la lampe Coleman était transporté avec précaution, comme toute matière inflammable. Il fallait veiller à n’en pas manquer. La glacière était petite et la glace  fondait rapidement; il  fallait utiliser rapidement tout aliment périssable, et prévoir aussi des repas moins risqués, si on ne voulait pas passer son temps à faire des courses.

 Jeanne Desrochers ( jeannedesrochers@videotron.ca )